Il était une fois … une station

Par 4 mars 2021mars 6th, 2021A la une
Gare de départ du téléphérique du Pic Lumière

Si les stations de ski font désormais partie du paysage de nombreuses vallées pyrénéennes, à l’origine, la population locale y était plutôt réticente. Leur construction a également constitué un véritable défi pour tous ceux qui y ont participé et leur début d’exploitation fut parfois chaotique. Il suffit d’évoquer certaines anecdotes concernant la station de Saint-Lary pour en prendre pleinement la mesure.

« Saint-Lary se ruinat »

Si Vincent MIR, ancien maire emblématique de Saint-Lary et à l’origine de la création de la station, avait tenu compte du peu d’engouement que cette nouvelle activité suscitée chez ses concitoyens, ce projet n’aurait jamais vu le jour. Lors d’un entretien réalisé pour les 60 ans de la station, Guy CELOTTI, ingénieur responsable de la machinerie motrice et du déroulement de câbles porteurs du téléphérique, rappelaient que les curieux qui visitaient le chantier se montraient plus que réservés sur le simple fait d’envisager que la cabine du téléphérique puisse un jour transporter 50 personnes. « Saint-Lary se ruinat » était l’expression patoise qui résumait le sentiment général.

Un défi technique et humain

Le chantier du téléphérique du Pic Lumière a constitué un défi technique et … humain. Pour bien en mesurer l’ampleur, il suffit d’évoquer l’énergie déployée par les ouvriers pour l’installation des deux câbles porteurs. Long de plus d’un kilomètre et d’un diamètre de 56 mm chacun, ils pesaient 18,5 kg au mètre. La température ambiante (-17°) les ayant gelés, les ouvriers, aidés de deux tracteurs de 30 tonnes, ont mis deux mois à les dérouler. Comme le soulignait malicieusement Guy CELLOTI, on comprend mieux pourquoi les ouvriers appréciaient de se retrouver autour d’un bon casse-croûte.

Le ski, pas une tradition dans les Pyrénées

La pratique du ski était loin d’être ancrée dans les mœurs sportives pyrénéennes. A l’époque, les habitants de la vallée d’Aure vivaient essentiellement de l’activité pastorale. L’utilité de la paire de skis se résumait à gagner les granges foraines en empruntant les sentiers enneigés. En plus des moyens financiers inhérents à la pratique du ski, les familles étaient plutôt réticentes à l’idée d’inciter leurs enfants à se tourner vers les métiers de la montagne. Les opportunités économiques générées par cette activité et la progressive démocratisation du ski ont fini par faire évoluer les mentalités.

Une première évacuation du téléphérique de plus en plus …vertigineuse

Ancien directeur de la station, Louis CARRERE  conservait un souvenir amusé de la première évacuation de la télécabine du téléphérique, bloquée à quelques mètres au-dessous du pylône. Cette opération fut toutefois diversement appréciée par ses occupants. Si la télécabine, en pleine charge, ne se trouvait qu’à une vingtaine de mètres du sol, au fur et à mesure de l’évacuation de ses occupants, le silence était devenu de plus en plus oppressant. Plus la télécabine se vidait de ses occupants et plus elle reprenait logiquement … de l’altitude. Les derniers évacués, qui se trouvaient à plus de soixante mètres du sol, en gardent également un souvenir … mais certainement moins amusé.

Les premiers forfaits de près d’un mètre de long

Le fonctionnement de la billetterie a nécessité … un petit temps d’adaptation. Copié sur le principe d’une billetterie du cinéma, de simples tickets étaient distribués à chaque skieur. Les prix étant multiples, certains skieurs se sont rapidement retrouvés avec des « forfaits » d’une longueur d’un mètre. Voire 1,5 mètre pour les abonnés. On était loin d’imaginer qu’un jour, avec une simple carte magnétique rechargeable sur internet, on pourrait librement accéder au domaine skiable sans passer par une billetterie ni même sortir son forfait de sa poche pour pouvoir emprunter les remontées mécaniques.

La venue de l’équipe de France olympique de ski pour la préparation des Jeux de Grenoble

Et dire que sans la station de Saint-Lary, les skieurs français n’auraient peut-être pas autant brillé lors des Jeux Olympiques de Grenoble en 1968. Bon, j’exagère un peu. En cet hiver 1967/1968, la neige faisait défaut sur les sommets alpins. Vincent MIR proposa lors à Honoré BONNET, Directeur Technique National et entraîneur des équipes de ski alpin, de venir entraîner ses équipes sur le domaine de Saint-Lary. Certains aménagements de pistes, effectués en urgence, ont permis de relever ce défi. La venue de l’équipe de France de ski alpin dans les Pyrénées en 1967 demeure unique à ce jour. La deuxième place d’Isabelle MIR lors de la descente olympique a contribué à mieux faire connaître cette station des Hautes-Pyrénées, aujourd’hui encore première station des Pyrénées françaises.

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